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Médecins Sans Frontières (MSF) en Géorgie

Comme dans de nombreux pays de l’ancienne Union Soviétique, la tuberculose est l’un des problèmes majeurs rencontrés dans tout le territoire et l’on craint qu’il n’existe un taux élevé de tuberculose avec résistance multiple aux médicaments.

GÉORGIE ABKHASIE

MSF est présent depuis 1993 :
14 volontaires expatriés et 65 employés locaux.

Entre l’Asie centrale et l’Europe, la Géorgie bénéficie d’une position stratégique, surtout pour les deux puissances intéressées par la région, la Russie et les Etats-Unis.

Depuis la chute de l’Union Soviétique, le pays s’efforce d’affirmer son indépendance à l’égard de la Russie en se rapprochant du monde occidental. Les deux guerres avec les républiques sécessionnistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie et les crises politiques qui en ont découlé, ainsi que le démantèlement de l’Union Soviétique, ont laissé le pays proche de l’effondrement économique et social. En dépit du cessez-le-feu, les deux conflits sont loin d’être résolus. La présence de réfugiés tchétchénes dans la Vallée de la Pankissi sont une des raisons de certaines tensions avec la Russie.

A cause des guerres et de leurs conséquences (embargo, personnes déplacées, etc.), la faiblesse des acteurs politiques et l’effondrement de l’économie, le système public de santé géorgien ne fonctionne plus, les besoins fondamentaux de milliers de personnes vulnérables, handicapées et âgées ne sont absolument pas couverts en Géorgie, pas plus qu’en Abkhazie. Les personnes vulnérables connaissent une situation précaire, sans accès à la santé, à l’aide sociale ou autre. La communauté internationale ne prend pas en compte les besoins humanitaires, elle consacre ses fonds à des programmes plus structurels et à des projets de résolution pacifique.

Comme dans de nombreux pays de l’ancienne Union Soviétique, la tuberculose est l’un des problèmes majeurs rencontrés dans tout le territoire et l’on craint qu’il n’existe un taux élevé de tuberculose avec résistance multiple aux médicaments.

NOS PROGRAMMES DANS LE PAYS EN 2003 - 2005

Programme tuberculose en Abkhazie

En 2003, nous avons maintenu les programmes tuberculose et tuberculose multirésistante au sein du système de soins tel que décidé lors de leur réouverture en 1999.

Les principales activités de l’équipe sont le diagnostic, le dépistage, le traitement de la tuberculose, y compris les cas résistants, la supervision et le soutien du laboratoire, l’approvisionnement en médicaments, ainsi que l’éducation des malades et l’information envers la population. Par rapport aux années précédentes, nous avons admis un plus grand nombre de patients dans le programme et nous avons amélioré le dépistage des malades (nous en somme à 63% pour des objectifs fixés à 70%). Les résultats concernant les nouveaux cas sont globalement très bons, mais nous avons encore des inquiétudes quant aux résultats des patients « réadministrés ».

La collaboration avec les autorités sanitaires s’est améliorée : en 2003, MSF a essentiellement travaillé sur l’investissement du ministère de la santé dans la prise en charge du programme, au travers du comité tuberculose, du comité multirésistance et du versement des primes au personnel de l’Hôpital Gulripsh. Le mauvais état des bâtiments et l’insuffisance de l’entretien ont donné à l’équipe logistique de MSF beaucoup de travail dans l’hôpital.

A la prison de Dandra, une infirmière du ministère de l’Intérieur est maintenant en charge à plein temps des patients atteints de tuberculose ; MSF a fait subir un test de dépistage à tous les prisonniers. Une division en secteurs a été effectuée pour séparer les patients contagieux de ceux qui ne le sont pas.

Nous sommes dorénavant capables de traiter les patients dans de meilleures conditions, même s’il reste du travail à fournir pour que les autorités s’impliquent dans le programme.

Nous suivons environ 180 patients avec des traitements en première intention, et le volet tuberculose multirésistante du programme fonctionne bien avec 21 patients sous traitement. En 2003, nous avons inclus 240 nouveaux patients en tout.

Accès aux soins - soins pour la population vulnérable et souvent âgée

Il existe désormais une plus grande proximité entre les deux programmes d’accès aux soins pour la population vulnérable souvent âgée (à Sokhumi en Abkhazie et à Tbilissi en Géorgie) grâce au partage d’expériences via des échanges de personnel expatrié, des séminaires de médecine communs et la mise en oeuvre de protocoles médicaux pour certaines maladies spécifiques. Ce lien entre les deux projets a été établi afin d’améliorer la qualité des soins, de normaliser les pratiques médicales (protocoles), d’alléger la conduite des deux programmes (gestion des ressources humaines, approvisionnement, etc.) et de favoriser la communication entre les équipes, que dix années d’obstruction avaient maintenues à distance.

La collaboration avec d’autres organisations (CICR, Première Urgence, etc.) reste très bonne en Abkhazie alors qu’elle est inexistante à Tbilissi en Géorgie. L’administration n’est pas suffisamment associée aux deux programmes, et ce point sera l’une des priorités de l’année prochaine. Afin de sensibiliser le public à ces personnes délaissées, MSF a organisé en février une exposition de photos à Sokhumi (Abkhazie) et publié un rapport public « Personnes âgées et fragiles à l’ombre de l’embargo ».

Abkhazie

Le programme d’accès aux soins en Abkhazie a été réorienté en 2003. Nous avons arrêté la donation aux hôpitaux régionaux et axé nos activités sur les soins médicaux aux personnes vulnérables, âgées (19.000), par l’intermédiaire d’un réseau de 13 médecins de famille. Par ailleurs, nous renforçons notre soutien à l’Hôpital de la Ville de Sokhumi afin de disposer d’une structure de référence appropriée pour nos patients, nous concentrant sur la chirurgie et le traitement des maladies cardiaques. Nous avons effectué une moyenne de 2000 consultations et de 30 actes chirurgicaux par mois.

Tbilissi

La clinique de Tbilissi étant plus petite que celle du programme en Abkhazie, il a été mis en oeuvre avec succès, en 2003, des phases pilotes d’introduction de nouveaux protocoles de traitement pour le diabète, pour les maladies cardiaques et les soins à domicile. Nous y avons effectué une moyenne de 880 consultations par mois.

Chirurgie à l’hôpital d’Akhmeta et dans la vallée de la Pankissi

Depuis août 2002, MSF a lancé un programme chirurgical de soutien des chirurgiens de l’hôpital à l’entrée de la vallée de la Pankissi avec l’objectif de soigner les réfugiés tchétchénes et les habitants des environs d’Akhmeta en Géorgie. Nous soutenons le service chirurgical de l’hôpital de district d’Akhmeta. Cette collaboration d’une année et demie nous a montré que l’équipe qui gère l’hôpital peut fournir un bon niveau de soins dès lors qu’elle bénéficie de bonnes conditions de travail et qu’ils sont soutenus. Le niveau d’activité reste stable (assez faible), avec une moyenne de 16 actes chirurgicaux par mois, essentiellement des urgences. Après évaluation du programme, nous avons décidé de nous impliquer davantage dans l’hôpital pour permettre à la population de la Vallée de la Pankissi et à celle du district d’accéder plus facilement à la chirurgie. Etant plus présents, nous serons également plus à même de surveiller la population de réfugiés et de faire connaître leur situation. Cette nouvelle orientation du programme sera mise en oeuvre en 2004.

Nous avons ouvert en janvier 2003 un point chirurgical dans la Vallée de la Pankissi où le chirurgien local prend en charge les petites chirurgies et les urgences avant de les diriger vers l’hôpital. Ce point ambulatoire permet également de suivre les patients de la vallée après leur hospitalisation.

Programme tuberculose en Abkhazie

Comme le programme couvre l’ensemble du pays et que nous soutenons le programme tuberculose national, nous devrions garder les mêmes objectifs de santé publique que l’OMS. Néanmoins, nous devrons « humaniser » notre approche du programme par une meilleure prise en compte des relations avec les patients et de leur condition de vie à l’hôpital et pendant le traitement. Ce qui nécessite de clarifier les objectifs du volet social du programme en travaillant sur la relation avec le patient et le personnel médical, et en assurant une continuité au sein du programme entre la phase d’hospitalisation et la phase ambulatoire.

Nous travaillerons également sur l’engagement ministériel dans le programme, en partageant les responsabilités et en l’impliquant dans la conduite du programme (aspects médical, social et technique, ressources humaines).

La tuberculose a été déclarée par le Conseil International de MSF l’une des priorités de la Campagne MSF d’Accès aux médicaments essentiels, aussi le programme d’Abkhazie sera-t-il utilisé dans la recherche opérationnelle : la simplification du traitement consistera par exemple en traitements expérimentaux sur le court terme, en nouveaux outils de diagnostic et en méthode de traitement en auto-observation.

Programme d’accès aux soins en Abkhazie et à Tbilissi
Comme nous ne pouvons pas compter sur une amélioration de l’état des personnes vulnérables âgées tant à Tbilissi qu’en Abkhazie, nous poursuivrons les programmes d’accès aux soins. La réorientation du programme abkhaze est achevée et nous continuerons à faire progresser la qualité des soins prodigués par nos équipes aux personnes vulnérables dans le cadre des deux programmes en introduisant des protocoles clairs, en améliorant le système d’orientation vers l’hôpital (nous renforcerons notre soutien à l’Hôpital de la Ville de Soukhumi), en étant plus attentifs à la souffrance et aux soins palliatifs et en réorganisant notre soutien sur le plan social. Nous évaluerons également la facilité d’accès à nos programmes, un point épineux aujourd’hui, notamment pour les personnes vulnérables des régions instables telles que la région de Gali en Abkhazie. Compte tenu de la complexité des cas que nous rencontrons (problèmes tant médicaux que sociaux), nous devons améliorer notre collaboration avec les autres organisations engagées dans l’assistance aux personnes vulnérables. Sur la lancée de 2003, nous maintiendrons le lien entre les deux programmes par des échanges réguliers et le partage d’expériences.

Chirurgie à l’hôpital d’Akhmeta et dans la vallée de la Pankissi
En 2004, nous comptons affermir notre engagement dans le district d’Akhmeta (Hôpital de District d’Akhmeta et Vallée de la Pankissi). Ce programme a pour objectifs d’améliorer l’accès à la chirurgie, à la gynécologie et à l’obstétrique ainsi que la qualité des soins à l’hôpital.

Les deux composantes du programme chirurgical seront : 1) le renforcement de notre présence à l’hôpital afin d’améliorer l’organisation générale du service, la qualité des soins et l’assistance technique ; 2) la poursuite d’une consultation externe dispensée par le chirurgien dans la Vallée de la Pankissi pour permettre aux habitants d’accéder plus facilement aux soins chirurgicaux. En ce qui concerne la gynécologie et l’obstétrique, nous prévoyons d’organiser le même genre d’activités : avec fourniture de médicaments et présence de matériel, personnels MSF. Selon l’engagement du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) dans la réhabilitation de l’hôpital, nous espérons être en mesure de démarrer ce volet du programme en juin 2004.

En confortant notre présence dans la région, nous pourrons suivre plus étroitement la situation des réfugiés tchétchénes et la surveiller. Les autorités géorgiennes renforcent en effet leur contrôle sur les réfugiés tchétchénes en introduisant des cartes d’identité électroniques (et les listes informatisées, établies par le HCR, qui en découlent), en obligeant ces réfugiés à rester dans la Vallée de la Pankissi (ceux qui habitent l’autre partie de la Géorgie ne peuvent pas être considérés comme réfugiés), en extradant de temps à autre, de manière arbitraire, les Tchétchénes vers la Russie. Plus que tout, le problème de la Vallée occasionne des tensions dans la région (la Russie voudrait que la Géorgie expulse les Tchétchénes de la Vallée de la Pankissi qu’elle soupçonne d’être un sanctuaire pour les terroristes tchétchénes).

© vendredi 16 décembre 2005, par Adel