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Rencontre littéraire « La Baie de Kara-Bougaz »

Le lundi 2 mars à 19 h

C’est en essayant de retrouver le lieu que décrit Paoustovsky dans son roman La Baie de Kara-Bougaz que Frank Westerman commence à s’interroger : sur une carte datant de 1991, cette baie qui se trouve au Turkménistan a disparu. Par ailleurs, le film qui a été tourné à partir du roman n’est jamais sorti sur les écrans. Comment se peut-il qu’un auteur censé prôner les accomplissements de l’URSS - en l’occurrence le détournement des eaux de la baie pour irriguer les champs de coton en Ouzbékistan - parle d’un lieu qui n’existe pas ?

Rencontre littéraire dans le cadre de La gare du Nord, semaine du livre néerlandais consacrée cette année à la littérature française

langue : français

Ingénieurs de l’âme

Frank Westerman, auteur néerlandais et ingénieur hydraulique, présente son essai Ingénieurs de l’âme (Ed. Christian Bourgois, traduction Danielle Losman), récit remarquable sur la Russie et sa littérature. L’auteur sera interviewé par Jean-Pierre Thibaudat, écrivain et critique dramatique à Libération et auteur de Rien ne sera plus jamais calme à la frontière finno-chinoise. La Russie vue d’en-bas (2002, Christian Bourgois). En outre, Frank Westerman commentera des séquences du film Kara Bougaz, tourné en 1935 à partir d’un roman de Konstantin Paoustovsky. C’est une première mondiale : frappé par une interdiction de Stalin, ce film n’est jamais sorti sur les écrans.

Ingénieurs de l’âme, écrit pendant son séjour à Moscou ou Frank Westerman a été correspondant durant les cinq dernières années, se présente comme une enquête sur les écrivains soviétiques depuis la révolution de 1917 et en particulier sur le rôle qu’ont joué Maxime Gorki, Boris Pilniak, Andreï Platonov et Konstantin Paoustovsky.

Le livre paraîtra également en allemand, anglais, italien et espagnol.

« Dans ce livre-ci, je n’ai pas voulu brandir des critères fondés sur une connaissance accumulée à posteriori. Je me suis laissé emporter par les espoirs et les aspirations de la nouvelle génération d’écrivains soviétiques.

Bien plus encore que les penseurs intrépides et incontournables, tels Mikhaïl Boulgakov, Anna Akhmatova ou Joseph Brodsky, ce sont les compagnons de route plus ou moins inconditionnels, les convertis, les paumés et les sceptiques qui m’ont fasciné. Peut-être justement parce que leurs dilemmes et leurs faiblesses sont si reconnaissables. »

C’est en essayant de retrouver le lieu que décrit Paoustovsky dans son roman La Baie de Kara-Bougaz que Frank Westerman commence à s’interroger : sur une carte datant de 1991, cette baie qui se trouve au Turkménistan a disparu. Par ailleurs, le film qui a été tourné à partir du roman n’est jamais sorti sur les écrans. Comment se peut-il qu’un auteur censé prôner les accomplissements de l’URSS - en l’occurrence le détournement des eaux de la baie pour irriguer les champs de coton en Ouzbékistan - parle d’un lieu qui n’existe pas ? L’auteur va alors découvrir que cette baie a existé mais qu’elle a disparu dans les années 90 et que l’entreprise de détournement des eaux de la baie de Kara-Bougaz a provoqué une catastrophe humaine et écologique, appauvrissant toute une région qui n’a aujourd’hui plus d’eau potable.

En enquêtant sur le sort de cette baie, Frank Westerman brosse une vue d’ensemble de ce qu’étaient les grands projets hydrauliques soviétiques, destinés à détourner de gigantesques fleuves ou à construire d’immenses canaux afin de montrer la puissance d’un Etat capable de dominer la nature. Il montre la puissance du MinVodChoz, le ministère des eaux, monstre d’un million de fonctionnaire et ministère le plus puissant après celui de la défense, l’influence des physiciens et des « lyriques », les physiciens lancés dans une course au gigantisme, s’occupant du concret, et les « lyriques », censés servir de fiers porte-drapeaux du régime, s’occupant de l’âme.

Paoustovsky avec la Baie de Kara-Bougaz, Pilniak avec La Volga se jette dans la Caspienne, ou encore Platonov avec Les écluses d’Epiphane et Gorki avec Le canal de la mer Blanche, tous se sont essayé au lyrisme sur les grands travaux hydrauliques et ont vanté les mérites du stalinisme. Bien d’autres s’y essaieront encore avec des conséquences plus ou moins dramatiques, risquant à chaque écrit de tomber en disgrâce.

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© jeudi 12 février 2004, par Adel