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Peine de mort : Des militantes abolitionnistes ouzbèkes en tournée

dimanche 3 octobre 2004, par Adel

’Du jour où nous avons appris que la police recherchait Iskandar, la vie de toute notre famille a été bouleversée.’-dit Dilobar Khoudoberganova, dont le frère Iskandar Khoudoberganov se trouve dans le quartier des condamnés à mort en Ouzbékistan.

Dans le cadre d’une tournée de deux mois et demi dans plusieurs villes d’Europe et du Canada, deux militantes abolitionnistes ouzbèkes de premier plan vont apporter un éclairage unique sur la réalité cruelle qui se cache derrière ce châtiment des plus inhumains qu’est la peine de mort.

Tamara Tchikounova et Dilobar Khoudoberganova sont deux femmes qui ont vécu la condamnation à mort d’un membre de leur famille en Ouzbékistan, l’un des deux seuls pays de l’ex-URSS qui continuent de procéder à des exécutions, l’autre étant la Biélorussie.

Du 23 septembre au 5 décembre, ces deux femmes vont passer dans plusieurs villes pour témoigner de leur expérience personnelle et expliquer pourquoi leur gouvernement devrait abolir la peine de mort.

Elles raconteront comment des membres de leur famille ont été retenus en otage par la police ou harcelés et maltraités. La torture est même utilisée contre certains proches pour obtenir des informations sur le lieu où se trouve un suspect ou pour convaincre un suspect de se rendre à la police, de signer des « aveux » ou d’incriminer d’autres personnes. Elles raconteront aussi les pots-de-vin qui leur ont été extorqués par la police, les condamnations à mort prononcées à l’issue de procès inéquitables, et les exécutions et les enterrements pratiqués dans le secret, privant les familles d’un dernier adieu à l’être cher et du réconfort de pouvoir se recueillir sur sa tombe.

Les journalistes qui le souhaitent pourront interviewer Tamara Tchikounova et Dilobar Khoudoberganova lors de leur passage dans les villes suivantes :

  • Rome - Padoue - Asolo - Venise : du 23 au 28 septembre
  • Milan - Turin - Rome - Naples - Florence - Rome : du 12 novembre au 5 décembre
  • Varsovie (Dilobar Khoudoberganova uniquement) : du 5 au 8 octobre
  • Montréal (Tamara Tchikounova uniquement) : du 5 au 10 octobre
  • Amsterdam (Dilobar Khoudoberganova uniquement) : du 9 au 11 octobre
  • Londres : du 12 au 20 octobre
  • Stockholm : du 20 au 27 octobre
  • Paris : du 27 octobre au 2 novembre
  • Berlin : du 2 au 12 novembre

Tamara Tchikounova est fondatrice et présidente de l’organisation non gouvernementale Mères contre la peine de mort et la torture, qui est basée à Tachkent, en Ouzbékistan. En 1999, son fils, Dmitri Tchikounov, a été accusé de meurtre et condamné à mort. Il a été exécuté en 2000. Tamara Tchikounova n’a jamais pu savoir où son fils avait été enterré. Quand elle a voulu défendre les droits de son fils, par exemple en alertant la communauté internationale au sujet de la manière dont il était traité en détention, et notamment à propos de graves allégations de torture, elle a été la cible d’actes de harcèlement et d’intimidation de la part de la police, actes qui se sont poursuivis par la suite en raison de ses activités abolitionnistes. Les autorités ont exercé des pressions psychologiques sur ses proches afin de l’obliger à abandonner son travail en faveur des droits humains. Les policiers se sont rendus à plusieurs reprises chez sa mère, âgée de soixante-seize ans et qui ne peut plus quitter son lit, et l’ont prévenue que « les choses finiraient très mal pour sa fille » si elle ne « se taisait » pas. Tamara Tchikounova a raconté qu’elle recevait souvent des coups de téléphone anonymes la nuit ; elle pense que ces appels ont pour but de l’effrayer afin de la réduire au silence.

Le frère de Dilobar Khoudoberganova, Iskandar Khoudoberganov, a été arrêté au Tadjikistan et remis aux forces de l’ordre ouzbèkes le 5 février 2002. Il était soupçonné d’avoir participé à des attentats à la bombe à Tachkent en février 1999. Il a été condamné à mort le 28 novembre 2002 pour « terrorisme » - entre autres accusations - à l’issue d’un procès qualifié de manifestement inéquitable par un diplomate qui y a assisté en tant qu’observateur. La famille de Dilobar Khoudoberganova a été harcelée par les policiers, qui voulaient lui arracher des informations sur le lieu où se trouvait Iskandar - son père et son frère auraient été sévèrement passés à tabac au siège de la police. La jeune femme a perdu son poste à la radio d’État et ne peut toujours pas trouver de travail dans le secteur public. Le stress provoqué par les visites constantes de policiers lourdement armés a eu des conséquences néfastes sur la santé des enfants de la famille.

Tamara Tchikounova et Dilobar Khoudoberganova ont toutes deux reçu des menaces de mort.

Le 4 octobre, Amnistie internationale va publier un rapport sur les deux derniers pays de l’ancienne Union soviétique qui procèdent encore à des exécutions, à savoir la Biélorussie et l’Ouzbékistan. Ce rapport sera accompagné d’une campagne qui s’inscrira dans le cadre du travail mené par l’organisation en faveur d’une abolition totale de la peine de mort en Europe et en Asie centrale.