Bienvenue dans les pays de l'Asie centrale

Partez à la découverte des pays de l'Asie centrale; le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et le Turkménistan
 

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Séminaire Sénat - CFCE

Mercredi 20 juin 2001, Salle Médicis, Sénat

Ce séminaire a été incontestablement un des rendez-vous les plus importants consacré aux Pays de l'Asie Centrale, il était organisé mutuellement par le Sénat et le CFCE.

L'atmosphère dorée du Sénat a donné une empreinte solennelle à cette rencontre qui a accueilli plus de 150 participants.

Le colloque a bénéficié des témoignages de plusieurs sociétés implantées en Asie Centrale:

  • Menno Grouvel, Directeur Europe continentale, TotalfinaElf.
  • Hélène Caroff-Romanini, Expert Transports, Programme TACIS-TRACECA
  • Marc Bassot, Président, Check Point Centrale Asia
  • Julien Herenstein, Directeur études et projets, Katco...

M. Tchinguiz Aïtmatov - Ambassadeur du KirghistanLes corps diplomatiques des pays de l'Asie centrale ont été représentés au plus haut niveau :

  • l'ambassadeur d'Ouzbékistan, M. T. Mamajonov,
  • l'ambassadeur du Kazakhstan, Madame A. Arystanbekova
  • l'ambassadeur du Turkménistan, M. Tchary Niazov
  • et pour le plus grand bonheur de ses admirateurs, le célèbre écrivain, maintenant ambassadeur du Kirghistan, M. Tchinguiz Aïtmatov ('Le premier maître', film-fétiche)
  • le conseiller Économique et commercial à Almaty, M. Alexandre Troubetzkoy s'est déplacé à cette occasion pour partager son expérience.

Ouverture du colloque :

  • André Dulait, Président délégué pour l'Ouzbékistan, Groupe sénatorial France-Asie centrale
  • Agnès Gaborit, Directeur Événements prospective Marchés, CFCE

La notion d'Asie centrale recouvre des réalités variables : elle peut soit désigner la seule Transoxiane antique, c'est à dire la région comprise entre les fleuves Amou Daria et Syr Daria, ou bien une aire de civilisation turco-persane plus vaste, allant de la Turquie au Sinkiang en Chine en passant par l'Azerbaïdjan, enfin dans l'acception soviétique, les cinq Républiques musulmanes de l'ex-URSS (Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Turkménistan).

Ces cinq États n'ont de réalité étatique que depuis la période soviétique (découpages administratifs de 1924 et 1929). Au cours de l'histoire, la conquête arabe au VHP siècle qui s'accompagne de l'islamisation d'une partie de la région, puis les migrations de peuplades turco-mongoles ont contribué à façonner l'identité culturelle de cette région qui a fait partie de plusieurs grands empires (Perse, de Gengis Khan et ses descendants, de Tamerlan, russe). Pourtant, l'Asie centrale n'a laissé dans l'histoire que le seul souvenir, mythique mais vague, des oasis de la route de la soie (Samarkand, Boukhara en particulier).

L'Asie centrale est redevenue un enjeu important du fait de ses réserves de matières premières (hydrocarbures, coton, minéraux), de sa situation géographique au carrefour de plusieurs espaces névralgiques (Iran, Afghanistan, Russie, Chine, Caspienne) et des dangers liés à la montée du fondamentalisme islamique et des phénomènes qui lui sont liés (trafics de drogue, d'armes). Dix ans après la disparition de l'URSS, les cinq États d'Asie centrale présentent un bilan contrasté. Le maintien de régimes autoritaires entrave la poursuite des réformes politiques et économiques indispensables à la consolidation et à la modernisation de pays qui demeurent fragiles en dépit de leurs importantes ressources.

1 - Une transition inachevée

Le système politique des États d'Asie centrale est organisé autour d'un régime présidentiel fort. L'accession à l'indépendance a constitué un mécanisme de "promotion sociale" pour les élites formées sous l'ancien régime et aucune alternance politique ne s'est produite. Les Présidents en place s'appuient sur les nomenklaturas héritées de la période soviétique, les services de sécurité et des allégeances claniques/régionalistes. Ils sont ainsi régulièrement réélus à l'issue de consultations bien éloignées des normes démocratiques. Le parlement turkmène a d'ailleurs officiellement attribué au Président NIYAZOV la présidence à vie en décembre 1999. Les dirigeants de ces pays paraissent cependant conscients de la nécessité de réformes profondes, sans lesquelles il ne saurait y avoir de modernisation et donc de consolidation de l'État, alors même que s'aggravent les risques tant intérieurs (islamisme) qu'extérieurs (poursuite du conflit afghan).

La politique soviétique de morcellement politique avait été poussée à son comble en Asie centrale (exaltation de langues nationales souvent réinventées contre le patrimoine historique commun, sédentarisation forcée des nomades, mise au pas du clergé musulman, découpage administratif byzantin conduisant à de dangereuses absurdités : présences d'importantes minorités, tracé des frontières ne correspondant ni aux traditions historiques, ni aux réalités ethniques et politiques de la région, mise en place de liens économiques horizontaux vers Moscou au détriment des relations transversales entre les Républiques de la région). Cette politique a été amplifiée par les dirigeants des nouveaux États d'Asie centrale qui ont joué la carte du nationalisme après l'indépendance. D'autre part, la culture politique héritée de l'URSS assimile l'opposition à la subversion, déniant toute espace au libre jeu démocratique. Il n'existe pas de partis d'opposition susceptible d'incarner une alternative démocratique aux régimes en place. Médias et société civile sont étroitement encadrés. Les Droits de l'Homme sont insuffisamment respectés.

L'islam est la religion majoritaire de la région. A l'exception des Pamiris chiites Ismaéliens du Tadjikistan, les populations d'Asie centrale sont sunnites de rite hanéfite, largement imprégné de soufisme. Depuis 1991, les dirigeants d'Asie centrale (à l'exception du Tadjikistan persanophone) ont pris le modèle laïc turc en exemple et conduisent eux-mêmes la réislamisation de leur pays. Les États d'Asie centrale sont cependant confrontés à une montée de la contestation islamiste, qui se nourrit des frustrations des populations. Les principaux mouvements fondamentalistes (Hizb Tahrir, Mouvement Islamiste d'Ouzbékistan) disposent d'appuis étrangers et, depuis les succès des Taleban en 1998, de bases arrières en Afghanistan. Partisan de l'instauration d'un État islamique (autour de la vallée de Ferghana), le Mouvement Islamiste d'Ouzbékistan (MIO) se livre depuis 1999 à des incursions armées en territoire ouzbek et, depuis cette année, dans les régions limitrophes du Kirghizstan, mettant en lumière la vulnérabilité des pays d'Asie centrale, incapables de surmonter leurs dissensions pour mettre en place une riposte concertée. Au contraire, l'aggravation de la menace islamiste a contribué à dégrader les relations bilatérales entre l'Ouzbékistan et ses voisins, notamment le Kirghizstan et, plus encore, le Tadjikistan (introduction d'un régime de visas, minage des frontières).

Les divergences entre pays d'Asie centrale entravent le développement de la coopération régionale, tant sur le plan politique qu'économique, en dépit de la création en 1994 d'une Union Communauté Économique Centrafricaine, d'emblée boudée par le Turkménistan et de la signature en avril 2000 d'un accord de coopération anti-terroriste. Les relations avec la Russie constituent un clivage important entre l'Ouzbékistan et le Turkménistan, hostiles à toute tentative de reconstitution d'une entité supra-étatique dominée par la Russie et le Kazakhstan, Kirghyzstan et Tadjikistan, favorables à une intégration politique, économique et militaire accrue la Russie et membres de l'Union Économique Eurasiatique créée à l'automne 2001 (et dont fait également partie le Belarus). 

Sur le plan militaire, des Forces de Réaction Rapides Communes et un Centre de Lutte Anti-Terroriste viennent d'être mis sur pied au sein de la CEI pour contrer la "menace islamiste".

II - Des orientations différentes selon les pays

Kazakhstan, Kirghizistan et Tadjikistan entretiennent une relation privilégiée avec la Russie:

- Le Kazakhstan est un État multiethnique (il comprend plus de cent «nationalités»), dont la population est composée à plus de 30% par des russophones (nombreux à avoir quitté le pays depuis l'indépendance). Il s'agit du pays le plus vaste de la région (2,7 millions de km2) et qui détient plus de 20% des terres arables de la CEI. Il dispose également de réserves pétrolières importantes, dans l'offshore caspien et sur son territoire (gisements géants de Tenguiz, Karatchaganak et Kachagan), ainsi que d'un secteur industriel surdimensionné. Pour assurer son développement économique, le Kazakhstan a opté pour les réformes, afin d'attirer les investissements étrangers nécessaires au développement de son secteur énergétique. Les succès remportés dans ce domaine ne doivent pas masquer l'existence de nombreuses insuffisances dans le fonctionnement de l'économie (absence de transparence dans le fonctionnement des marchés, captation de la rente pétrolière par le pouvoir).

- Le Kirghizistan est le premier pays à avoir opté pour les réformes. Malgré les indéniables avancées démocratiques obtenues dans les premières années de l'indépendance, les autorités ont récemment succombé aux sirènes du présidentialisme fort et le président AKAEV a assuré sa réélection en empêchant son seul rival crédible, l'ancien Premier ministre Kulov, de participer au scrutin du 29 octobre 2000 (remporté par le Président sortant avec 74 pour cent des suffrages). Orienté vers la Russie, la CEI et la Chine, le pays a bénéficié d'un fort soutien de la part des institutions financières internationales. Montagneux à 90%, le Kirghizistan dispose d'un important potentiel hydro-électrique.

- Le Tadjikistan peut être considéré comme une exception en Asie centrale : seul pays persanophone, il a connu une guerre civile meurtrière de 1992 à 1997 (plus de 50 000 morts). Les accords de paix signé à Moscou le 27 juin 1997 ont néanmoins permis une normalisation de la situation. Le pays peut désormais bénéficier d'une aide extérieure pour développer son économie alors que les trafics (armes, transit de drogues en provenance d'Afghanistan) restent florissants. Seul pays où le gouvernement compose avec une véritable opposition, le Tadjikistan s'engage aujourd'hui sur la voie des réformes économiques.

- L'Ouzbékistan apparaît incontestablement comme la clé de l'Asie centrale : pays le plus peuplé (24 millions d'habitants), dont la population est homogène et à forte démographie, 2ème exportateur mondial de coton, un des premiers pour l'or, il aspire à jouer dans la région un rôle de tout premier plan. Son évolution conditionnera dans une large mesure l'avenir de l'ensemble de la zone. Tachkent refuse toute tentative d'intégration dans le cadre de la CEI et s'attache à diversifier sa politique étrangère, notamment en direction des États-Unis et de l'Union européenne (sortie du Pacte de sécurité collective de la CEI, mais signature d'un accord bilatéral de coopération militaire russo-ouzbek, signature en 1999 d'un accord de partenariat avec l'UE ). En Asie, l'Ouzbékistan a noué des relations étroites avec le Japon et la Corée du Sud (présence d'une minorité coréenne active).

Sur le plan économique, l'Ouzbékistan dispose d'atouts importants : potentiel agricole et minier. Il est cependant confronté à des contraintes structurelles lourdes (double enclavement; monoculture du coton). Il a opté pour une stratégie de réformes graduelles. Principaux acquis : autonomie énergétique (raffinerie de Boukhara construite par Technip); progrès en direction de l'autosuffisance alimentaire; réorientation du commerce extérieur vers les pays Occidentaux.

- Le Turkménistan se distingue par le comportement de son Président (intense culte de la personnalité) ainsi que par une certaine tendance à l'autarcie, sous couvert du statut de neutralité adopté en décembre 1995 (relations avec les voisins ex-soviétiques, refus de tout mécanisme supranational dans le cadre de la CEI, rejet de la Communauté des États d'Asie centrale ou de l'Union Économique Eurasiatique). Achgabat se démarque aussi par son souci de ménager l'Iran (les deux pays partagent plus de 1000 km de frontière commune) et les Taleban. Le Turkménistan compte sur ses considérables réserves de gaz naturel pour assurer la prospérité d'une population de 5 millions d'habitants. Mais le pays reste tributaire du réseau russe de gazoducs.

III - Atouts économiques et contraintes

Le principal atout de l'Asie centrale est constitué par les considérables réserves énergétiques concentrées autour de la Caspienne (gaz turkmène et pétrole kazakh), situées notamment en offshore caspien. La découverte du gisement géant de Kachagan permet d'envisager un doublement de la production pétrolière du Kazakhstan à un horizon assez rapproché (la production pourrait même tripler d'ici 2010). Le Turkménistan table quant à lui, depuis les récents accords avec le géant russe Gazprom et, tout récemment avec l'Ukraine (portant sur la livraison de 250 nullards de m3 sur cinq ans), sur une forte augmentation de ses exportations de gaz, qui pourraient revenir à un niveau comparable à la production de ce pays avant l'éclatement de l'URSS. L'Asie centrale possède également d'importantes ressources minières (or, métaux rares) et une certaine tradition industrielle (complexe militaro-industriel) à la recherche d'un second souffle.

L'Asie centrale reste une importante région agricole (coton ouzbek et turkmène), même si ce secteur rencontre aujourd'hui de graves difficultés (sécheresse, mauvaise gestion des ressources en eau, érosion et pollution des sols), qui réclament l'adoption de mesures d'urgence.

Le problème majeur de la région est l'enclavement. Aucun des pays d'Asie centrale ne possède un accès direct à une mer libre. L'Ouzbékistan doit même franchir deux pays pour y parvenir.

La Russie détient encore un situation de quasi monopole sur l'évacuation des hydrocarbures d'Asie centrale, ce qui lui permet de maintenir cette région dans son orbite. La principale voie (potentielle) alternative est le tracé occidental Bakou-Tbilissi-Ceyhan, activement soutenue par Washington et Ankara et combattue par Moscou et Téhéran, qui viennent de s'entendre pour écarter la possibilité d'un oléoduc transcaspien indispensable au succès de ce projet. L'Iran offre l'option alternative la plus séduisante sur le plan économique (oléoduc KTI, Kazakhstan-Turkménistan-Iran), qui se heurte au veto américain. Moscou vient récemment d'engranger des succès notables auprès de ses partenaires d'Asie centrale (décision d'interconnecter les réseaux énergétiques russe et kazakhstanais, accord sur le transit du gaz turkmène, rapprochement des position russe, kazakhe et azerbaïdjanaise sur le statut de la Caspienne). La Chine accroît ses investissements dans le secteur pétrolier et envisage la construction d'un oléoduc vers le Kazakhstan.

L'économie reste largement administrée, bien que de façon inégale suivant les pays qui s'opposent entre un pôle comparativement "libéral" (Kazakhstan et Kirghizstan) et un pôle "gradualiste" (Ouzbékistan et Turkménistan), qui répugne à prendre le risque d'une libéralisation aux conséquences sociales imprévisibles. Dans ces deux pays pays, les privatisations sont volontairement limitées et les obstacles à l'investissement nombreux. Dans l'ensemble de la zone, le fonctionnement de l'économie reste étroitement contrôlé par le pouvoir politique.

Les relations économiques et commerciales intra-zone sont limitées faute de complémentarité entre les pays d'Asie centrale. Exportateurs de matières premières, ces pays sont potentiellement concurrents. Tributaires des grands pays voisins (Russie, Iran, Afghanistan) pour l'évacuation de leur production, les États d'Asie centrale ont en outre opté pour des stratégies de développement différentes : le Kazakhstan mise sur l'intégration économique avec la Russie, tandis que l'Ouzbékistan et le Turkménistan ont choisi la voie de l'affirmation nationale.

Les économies d'Asie centrale restent fragiles. Les bons résultats actuels de la zone (croissance supérieure à 5% au Kazakhstan) sont conjoncturels (envolée des cours du pétrole). Dépendantes des échanges extérieurs, ces économies sont soumises à des aléas exogènes. Le bas niveau de vie des populations constitue un obstacle au développement de la consommation intérieure. L'inégale répartition de la richesse dans des populations jeunes, affligées de surcroît d'un chômage massif, suscite une frustration grandissante, qui fait le lit de la subversion islamiste. L'absence d'un secteur privé compétitif et d'un vivier de cadres, de gestionnaires, d'ingénieurs et de techniciens intermédiaires constitue une entrave à la modernisation de l'économie et à l'apparition d'entreprises compétitives.

IV - Un environnement régional pesant

Les pays d'Asie centrale baignent dans un environnement géopolitique difficile, caractérisé par la présence de grands voisins ambitieux (Russie, Chine, Iran) et la persistance d'un foyer de tension lié à la poursuite du conflit afghan (avec son cortège de problèmes connexes : islamisme, trafics de drogue et d'armes), qui limite d'autant plus marge de manoeuvre que ces États ne sont pas armés pour y faire face. Face à ces menaces, les pays d'Asie centrale ont opté pour un resserrement de leur coopération avec Moscou et avec Pékin, en particulier dans le cadre du Forum de Shanghai, qui rassemble la Chine et les quatre États frontaliers issus de l'ex-Urss, auxquels s'est joint l'Ouzbékistan. Pour la Russie, l'objectif est d'assurer le maintien d'une présence directe et à long terme dans son «étranger proche». L'Asie centrale, qui joue le rôle de zone tampon avec le monde islamique et notamment l'Afghanistan, présente un intérêt stratégique évident pour Moscou («la frontière méridionale de la CEI est la frontière de la Russie»). Les deux principaux atouts de la Russie sont son réseau d'évacuation des hydrocarbures et son potentiel en matière militaire et d'armement.

L'arrivée du Président Poutine a été d'emblée marquée par une volonté de resserrer les liens avec les pays de l'ex-URSS. Le second semestre 2000 a donné lieu à de nombreuses rencontres de haut niveau et à la conclusion d'importants accords touchant tous les domaines (mise en place d'une Union Économique Eurasiatique co-pilotée par la Russie et le Kazakhstan - qui ont également décidé d'unifier leurs réseaux énergétiques -, création au sein de la CEI de forces conjointes dotées d'un État major intégré et d'une Centre de Lutte Anti-Terroriste). Jouant habilement sur les contraintes locales (en matière économique et de sécurité) et sur l'incapacité des États d'Asie centrale à coopérer entre eux, Moscou est parvenu à améliorer ses rapports même avec les États les plus réticents à toute tentative d'intégration régionale pilotée par l'ex-grand frère (Ouzbékistan et Azerbaïdjan). La Russie a également resserré ses liens avec l'Iran, ce qui lui permet de disposer d'un allié utile à la fois contre la Turquie (et Washington) et les Taleban en Afghanistan.

La coopération économique avec la Russie est axée sur quelques secteurs prioritaires (essentiellement énergie), contraignant les économies d'Asie centrale à se diversifier au profit des principaux pays industrialisés (Union européenne, États-Unis, Japon, Corée du Sud), seuls à même de fournir les investissements et les transferts de technologie nécessaires à la modernisation de l'appareil de production et à la mise en place de systèmes de gestion performants. Cette ouverture est inégale, tant dans son ampleur que dans ses modalités. Elle n'a pas jusqu'ici suscité une authentique dynamique d'intégration régionale.

L'Iran, revient en Asie centrale et dans le Caucase. Il s'appuie sur la Russie pour desserrer le carcan dans lequel la politique des États-Unis tend à le confiner. Son influence politique est cependant limitée. L'Iran s'est pourtant activement impliqué, aux côtés de la Russie, dans la recherche d'une paix durable au Tadjikistan, dont elle utilise le territoire pour fournir de l'aide à ses alliés en Afghanistan (chiites du Hezb-é-Wahdat; commandant MASSOUD à partir de l'aéroport tadjik de Kouliab). L'établissement d'un partenariat renforcé entre la Russie et l'Iran, qui se met en place rapidement, constitue une réplique à la ligne américaine à l'égard de ces deux pays. Téhéran souhaite développer ses échanges économiques avec ses voisins d'Asie centrale.

Téhéran est déjà un partenaire commercial non négligeable et se présente comme le débouché naturel de la région : construction d'un gazoduc entre le Turkménistan et le Nord de l'Iran, connexion des chemins de fer iranien et turkmène en 1996, accords de troc avec le Kazakhstan pour la commercialisation de son pétrole. La politique pragmatique, apparemment dépourvue de toute référence idéologique, de Téhéran semble enregistrer certains résultats positifs. A terme, l'Iran pourrait jouer un rôle de premier plan dans le désenclavement de l'Asie centrale. Toutefois, ces pays, notamment le Turkménistan, sont conscients des dangers qu'il y aurait à passer de la mainmise de Moscou à celle de Téhéran pour l'évacuation de leurs ressources.

- Politique : le développement des relations politiques bilatérales avec les nouveaux États d'Asie centrale vise d'une part, à ne pas laisser les États-Unis occuper seuls le vide laissé par la Russie et d'autre part, à s'assurer que les séparatistes ouïgours ne disposent d'aucun soutien de la part du Kazakhstan (200 000 Ouïgours) et du Kirghizistan (40 000);

- Économique : Pékin souhaite renforcer ses relations avec une zone riche en hydrocarbures: accords de prospection/exploitation de gisements de pétrole signés en 1997 avec le Kazakhstan et projet de construction d'un oléoduc de 3000 km pour son approvisionnement énergétique.

- Sécuritaire : après la stabilisation des frontières en 1994 et 1996, la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan, ont signé en avril 1996 à Shanghai un "accord sur le renforcement de la confiance dans les affaires militaires" puis en avril 1997 à Moscou un accord sur la réduction mutuelle des forces armées. Le Groupe de Shanghai se consacre de plus en plus à la concertation en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière et envisage une harmonisation des mesures de protection existantes.

L'Asie centrale peut à terme devenir une importante zone d'émigration chinoise. Le Kazakhstan, serait à cet égard particulièrement exposé (on estime aujourd'hui à 250-300 000 le nombre de clandestins chinois au Kazakhstan).

La politique des États-Unis en Asie centrale vise un triple objectif d'égale importance :

- Sur le plan politique, il s'agit de conforter l'indépendance des nouveaux États en prévenant tout retour impérial de la Russie. Parallèlement, la politique américaine vise à maintenir l'Iran dans son isolement;

- Sur le plan économique, les compagnies pétrolières américaines sont très présentes dans la mise en valeur des richesses de la Caspienne. L'administration Clinton n'a pas ménagé ses efforts pour promouvoir la voie Bakou-Ceyhan.. Le Kazakhstan est considéré comme un "partenaire économique stratégique" tandis que l'Ouzbékistan est qualifié d'État "pivot" de la région. La présence économique des États-Unis est variable selon les États mais globalement en progrès et sans commune mesure avec la nôtre ou même celle de l'Europe. En outre, l'action gouvernementale est relayée par des fondations et ONG qui développent de nombreux programmes de coopération.

 La Turquie a, dès 1992, nourri de grandes ambitions en Asie centrale, souhaitant y jouer un rôle actif en s'appuyant sur les proximités linguistique et culturelle qu'elle partageait avec la région. Ankara a néanmoins adopté en 1994 une attitude plus pragmatique à l'égard des États d'Asie centrale que la percée conquérante du «grand frère turc» avait irrités en 1991-93. Elle a choisi d'adopter une attitude prudente et équilibrée face aux ambitions de la Russie, qui reste son principal marché dans la CEI. La Turquie privilégie donc la valorisation des débouchés des routes commerciales sur son territoire (avec le soutien actif de l'administration américaine). La Turquie mène une action culturelle importante (enseignement du turc, stages, bourses, action des confréries religieuses, notamment soufies) avec des pays qui la perçoivent comme la porte de l'Europe. Sur le plan politique, son modèle d'État laïc est souvent pris en exemple par les dirigeants d'Asie centrale.

Premier bailleur de fonds de l'Asie centrale, l'Union européenne ne joue pas un rôle à la mesure de son engagement financier. Liée à tous les pays de la région (hors Tadjikistan) par des Accords de Partenariat et de Coopération, (plus tardif, l'APC avec le Turkménistan n'est pas encore entré en vigueur), l'Union pâtit d'un manque certain de visibilité, partiellement imputable à la complexité et à la lourdeur de ses programmes, notamment des programmes régionaux TRACECA et INOGATE, dont l'objectif est de mettre en place un corridor d'infrastructures (de transport et d'évacuation des hydrocarbures) entre l'Europe et l'Asie centrale à travers le Caucase. Loin d'être négligeable, le bilan des relations de l'UE avec l'Asie centrale a offert à cette région une possibilité de desserrer les contraintes liées à son environnement géopolitique et d'engager un dialogue exigeant avec les quinze autour de priorités claires, qui n'ont jamais ouvertement remises en cause.

IV - Relations bilatérales.

La France a été l'un des premiers pays occidentaux à reconnaître l'indépendance des États d'Asie centrale. Notre réseau diplomatique comprend des ambassades en Ouzbékistan, au Kazakhstan, au Turkménistan; nos ambassadeurs à Moscou et Alma Ata sont accrédités au Tadjikistan et au Kirghizistan. Parmi nos partenaires européens, seule l'Allemagne a ouvert des Ambassades dans les cinq pays.

Le Président MITTERRAND a été le premier Chef d'État occidental à se rendre en Asie centrale, en 1993 au Kazakhstan, en 1994 en Ouzbékistan et au Turkménistan. Les dirigeants des cinq États d'Asie centrale se sont rendus en France à plusieurs reprises.

Au niveau économique, nos relations sont marquées par une présence insuffisante des entreprises françaises en Asie centrale, liée en partie aux lacunes des réglementations locales. Nos principaux partenaires commerciaux sont l'Ouzbékistan, le Turkménistan et le Kazakhstan, mais notre part de marché est inférieure à 3%. La structure de nos échanges est sensiblement la même avec chacun des pays d'Asie centrale. Nos exportations sont essentiellement constituées de biens d'équipement et peuvent connaître d'importantes variations d'une année sur l'autre (813 MF d'exportations vers l'Ouzbékistan en 1998, 383 MF en 1999). Nos achats portent en revanche sur des matières premières (hydrocarbures, coton, métaux etc.). En 1999 et 2000, notre principal fournisseur a été le Kazakhstan. Tous les États d'Asie centrale sont classés en catégorie 7/7 par l'OCDE et notre couverture COFACE est limitée.

Nous avons créé avec le Kazakhstan une Commission mixte pour les affaires économiques (dont la 5° réunion s'est tenue à Astana en octobre 2000). En outre, le Kazakhstan est éligible depuis1999 à la Réserve Pays Émergents (RPE - prêts concessionnels du Trésor), ainsi que l'Ouzbékistan (depuis 2001).

Nous disposons également d'un Groupe de travail informel pour les hydrocarbures et les travaux publics avec le Turkménistan.

Avec l'Ouzbékistan, il a été décidé de créer un groupe de travail économique, dont la première réunion doit avoir lieu en juillet 2001 (en deux volets : fonctionnaires et entreprises). Par ailleurs, depuis 1999 a été engagée une coopération en matière de défense et d'armement.

Les moyens que nous consacrons à notre coopération culturelle, scientifique et technique avec les États d'Asie centrale sont modestes (8 MF pour notre dispositif culturel pour l'ensemble de l'Asie centrale). Notre action, que nous tentons d'inscrire de plus en plus dans un cadre régional, vise en priorité à assurer l'apprentissage du français (notamment par les futurs décideurs), à promouvoir l'édification d'un État de droit (coopération administrative et juridique) et apporter une assistance à la transition vers l'économie de marché. En outre, la coopération en matière policière et douanière (lutte contre le trafic de stupéfiants) constitue un axe majeur de notre coopération.