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Géopolitique de la nouvelle Asie Centrale

Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner

INTRODUCTION

Les auteurs contemporains ont coutume depuis longtemps de mettre l'accent sur la "centralité" de l'Asie centrale. Cette "coutume" se rencontre également parmi les oeuvres des bâtisseurs et des artistes des temps anciens. L'ensemble de peintures murales de la "salle des ambassadeurs" du palais du roi Varkhuman qui régna aux alentours de 660 après Jésus-Christ à Afrasiab, aujourd'hui Samarkand, symbolise sans doute de la façon la plus éclatante cette caractéristique attribuée à la région. Ce roi mentionné par les chroniques chinoises fît exécuter, pour la salle de réception de son palais privé, des peintures qui représentent les principautés voisines avec lesquelles il entretenait des contacts politiques, culturels et commerciaux. On y découvre des ambassadeurs chinois, turcs, coréens. Sur un des murs, une scène de pêche, peut-être s'agit-il d'une représentation de son alliée, l'impératrice de Chine. L'influence picturale chinoise y est de toute façon certaine. Ailleurs, un éléphant dont l'origine indienne semble irréfutable, orne également un des murs de la salle. Dans la région, ce symbole du dieu indien Indra renvoie en fait à Ahura Mazda, divinité suprême du zoroastrisme iranien. Nulle part ailleurs dans le monde sans doute, on ne peut observer une telle diversité culturelle concentrée dans une seule salle. Cet ensemble de peintures murales de la "salle des ambassadeurs", illustre de manière éclatante la situation exceptionnelle de l'Asie centrale, celle de carrefour, le carrefour des mondes...

Jusqu'en 1991, date de la dissolution de l'Union soviétique, l'Asie centrale, comme d'autres régions de l'URSS, n'avait aucune existence "internationale". Ces régions faisaient partie intégrante de l'empire soviétique et, en tant que telles, étaient totalement identifiées à l'ensemble du territoire sur lequel s'exerçait la souveraineté de la superpuissance soviétique. Avec l'effondrement de l'Union, l'Asie centrale a émergé sur la scène internationale, devenant du coup une catégorie spatiale autonome. Ce "retour" de l'Asie centrale en Asie, et plus largement au cœur du continent eurasiatique, modifie la configuration géopolitique de cet ensemble géographique et par la même celle du système international, de telle manière qu'aujourd'hui encore, dix ans après ces transformations, il est toujours difficile d'en évaluer toutes les conséquences sur les rapports de forces globaux. Il est néanmoins possible de tenter de saisir à grands traits, les principales caractéristiques de la nouvelle géopolitique de l'Asie centrale et d'essayer d'en apprécier l'impact dans les relations internationales. Ce sera l'objet de cet ouvrage qui s'articule autour de cinq grands thèmes.

Le premier thème abordé est celui de l'identification. Il s'agit tout d'abord d'une réflexion sémantique destinée à définir et à délimiter la région, à en faire ressortir les principales caractéristiques. Une investigation sur le concept même d'Asie centrale, ses origines, sa signification, l'espace qu'il a recouvert et qu'il recouvre aujourd'hui, nous permettra de mieux appréhender à la fois la représentation et la perception de cette partie du monde vue de l'extérieur et perçue de l'intérieur. Ensuite, en ce qui concerne les caractéristiques essentielles pour une appréciation géopolitique, l'accent sera mis d'une part sur l'enclavement de la région et ses conséquences et, d'autre part sur le découpage territorial actuel et sa correspondance ou non avec les réalités humaines et historiques. Ceci nous amènera à un second point tout aussi essentiel : la population de la région. Zone peu peuplée dans l'ensemble, comparée à d'autres régions proches, la population d'Asie centrale, sa répartition, sa composition et sa croissance soulèvent des questions importantes. Enfin, ce premier chapitre se termine sur un rappel de quelques étapes historiques clés comme la situation politique avant l'expansion russe, les particularités de la colonisation russe, les transformations fondamentales de la période soviétique et les modalités ainsi que le contexte de l'accession à l'indépendance.

La deuxième partie du livre est entièrement consacrée à la transition dans ses diverses formes. La transition politique sera abordée par le biais de l'étude des « nouvelles » élites politiques, ainsi que de l'évaluation des systèmes politiques. Si les élites actuelles sont en grande partie issues de la nomenklatura soviétique, leurs discours, sinon leurs comportements ont connu une certaine évolution sans que l'on puisse toutefois parler de véritable transformation. Cela explique aussi, malgré les retouches cosmétiques parfois importantes, le maintien de systèmes politiques généralement autoritaires et la métamorphose du soviétisme en un nationalisme officiel qui présente peu de traits communs avec la transition vers la démocratie qui devait, en théorie, accompagner le passage de l'économie étatique à l'économie de marché. Cette transition économique, deuxième point évoqué dans ce chapitre, malgré les approches différentes adoptées par chaque république, a dans l'ensemble beaucoup de difficultés à se réaliser dans des pays où l'État a été pendant de nombreuses années, l'unique acteur de la vie économique. En attendant, sans être nulle part totalement accomplie, la transition économique a eu le temps de produire de nombreux effets négatifs : inflation galopante, chômage, renforcement des inégalités, corruption, pauvreté endémique, autant de problèmes qui ont abouti à une véritable crise sociale en Asie centrale. Enfin, le dernier point soulevé dans cette partie concerne ce que l'on peut appeler la «transition géopolitique », transition à la fois globale à cause de la disparition de l'URSS, internationale et régionale, du fait de l'apparition de nouvelles entités étatiques sur la scène politique mondiale.

La troisième partie nous amènera à la réflexion principale de l'ouvrage : l'analyse de la nouvelle géopolitique de l'Asie centrale. Cette partie se subdivise en cinq sections ayant toutes une dimension internationale. La première section, centrée sur la recomposition géopolitique et le nouveau «grand jeu », aura pour objectif essentiel l'identification des politiques des acteurs externes à l'égard de l'Asie centrale. A tout seigneur, tout honneur, la mise en place et l'évolution de la politique russe dans la «nouvelle Asie centrale » seront tout d'abord examinées, ses forces et faiblesses aussi évaluées. Le passage de la position du « centre » dominant à celui de voisin et de partenaire est d'autant plus difficile que la Russie elle-même traverse des temps troublés. E'apparition d'autres acteurs occidentaux dans ces régions où depuis des siècles la présence européenne était identifiée à celle de la Russie uniquement, affaiblit encore davantage la position de Moscou. Cette arrivée des Occidentaux, tout en perturbant parfois dangereusement le jeu centrasiatique, ouvre néanmoins des perspectives nouvelles aux États d'Asie centrale qui voient soudain leurs marges de manœuvre s'élargir de manière considérable. Cette ouverture est aussi intéressante pour les Occidentaux qui redécouvrent un immense espace au coeur de l'Eurasie, espace auquel ils n'avaient plus aucun accès depuis longtemps. On est donc en présence d'intérêts mutuels qu'il s'agit de bien gérer de part et d'autre, d'une occasion nouvelle qu'il faut rentabiliser au mieux, exercice qui exige un certain doigté qui, à ce jour, n'est pas très évident. Ces nouvelles relations entre Occidentaux et républiques centrasiatiques forment le deuxième point. Mais l'Occident n'est pas seul à s'intéresser à cette région. A l'Est, une autre puissance dont le rôle en Asie centrale a été trop souvent négligé, la Chine, est devenue depuis 1991 un acteur attentif et intéressé à tout ce qui concerne cette région. De leur côté, les élites dirigeantes des nouveaux États montrent un intérêt évident au développement de leurs relations bilatérales avec Pékin tout en étant fortement impressionnées par le modèle chinois qui permet à la fois le développement économique et le maintien d'un pouvoir autoritaire. Cet intérêt pour la Chine s'accompagne cependant d'une crainte à l'égard de ce puissant voisin. Les relations sino-centrasiatiques forment le troisième point de cette section de l'ouvrage. Elle est suivie par l'analyse de la politique de deux autres acteurs importants sur la scène régionale. En effet, au Sud, la Turquie comme l'Iran caressent de grandes ambitions et peuvent offrir des possibilités d'ouverture et de transit. Cependant, les moyens de ces deux États sont limités. De plus, la politique iranienne souffre de handicaps majeurs à l'égard de la région, son isolement sur la scène internationale et les mauvaises relations qu'elle entretient avec Washington. Le dernier point évoqué dans cette première section concerne les autres pays asiatiques : le Japon, l'Inde et le Pakistan. En définitif, le retour de l'Asie centrale dans la vie internationale doit se concevoir aussi comme une réinsertion de l'Asie centrale dans le contexte du continent asiatique. La deuxième section de cette grande partie est consacrée aux logiques de régionalisation. Plusieurs possibilités s'offrent en effet aux États centrasiatiques, les quatre plus importantes sont la CEI, l'OSCE, l'ECO et l'Union centrasiatique. L'insertion dans ces structures inter-étatiques permet aux nouveaux États d'Asie centrale d'accéder aux possibilités qu'offre la diplomatie multilatérale tout en contribuant à réduire leur isolement et à aplanir les difficultés qu'ils rencontrent dans leurs relations bilatérales. Elle a aussi pour fonction de contribuer à réduire les effets négatifs de l'enclavement. 

Cependant, ces structures de coopération régionale sont de valeur inégale et répondent parfois à des logiques contradictoires. La troisième section aborde les potentialités de restructuration régionale et analyse brièvement les conceptualisations théoriques qui ont émergé depuis 1991. Même si ces conceptualisations n'aboutissent pas à des réalisations concrètes, elles sont néanmoins révélatrices des projets, des ambitions et des aspirations des uns et des autres. Les deux dernières sections traitent de la politique étrangère des républiques centrasiatiques, de la différenciation croissante de leurs intérêts nationaux et de la mise en place, parfois laborieuse, des nouvelles forces armées.

Avec l'effondrement de l'Union soviétique, la mer Caspienne et plus généralement l'« espace caspien », ont véritablement acquis une dimension internationale. Ils occupent désormais le coeur même de la nouvelle géopolitique de l'Asie centrale. Tel est le thème de la quatrième partie de cet ouvrage. Elle se subdivise en deux sections traitant du problème des hydrocarbures de la Caspienne et de ce qu'il convient malheureusement d'appeler, la « bataille des pipelines». L'exploitation des richesses potentielles de la Caspienne pose en effet des problèmes importants. Ainsi, le statut juridique de la mer Caspienne demeure, dix ans après la chute de l'URSS, très problématique. L'absence de consensus entre les États riverains gêne considérablement la mise en exploitation des ressources de la Caspienne, ressources dont on a cependant du mal à estimer correctement l'importance. C'est pourquoi, une attention particulière doit être portée à leur évaluation et à leur répartition géographique. Quelle que soit leur importance exacte, ces ressources essentielles à la prospérité économique des États riverains de la Caspienne, ne bénéficieront cependant à leur essor que si elles atteignent le marché international. Leur acheminement vers les pays consommateurs, à partir de cette mer fermée, sur de longues distances, et à travers des espaces parfois troublés, soulèvent des problèmes politiques, économiques, techniques et sécuritaires substantiels sur lesquels se greffent en outre des rivalités entre puissances régionales et extérieures. Cette « bataille des pipelines » sera étudiée dans la perspective des pays les plus directement concernés, à savoir l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan.

La dernière partie de l'ouvrage traite des maux, menaces et périls qui pèsent sur l'Asie centrale. Dans cette section, une attention particulière est portée au conflit du Tadjikistan, premier conflit armé en Asie centrale depuis les indépendances. 

Ce conflit aux dimensions multiples et aux conséquences graves continue de peser à la fois sur le destin du Tadjikistan mais aussi sur la stabilité de l'ensemble de la région. A ce conflit qui s'est déroulé en Asie centrale même, il faut en ajouter d'autres, ceux du Caucase et celui de l'Afghanistan. En effet, ces conflits périphériques peuvent parfois entraîner des répercussions graves pesant sur l'avenir même de l'Asie centrale. 

Outre les conflits armés, la région est également confrontée à des menaces de nature différente. Certains auteurs mettent l'accent sur la montée de la menace islamiste qui pourrait déstabiliser quelques États de la région. Ce risque potentiel est cependant parfois instrumentalisé par les gouvernements concernés afin de légitimer leur autoritarisme ou de trouver des soutiens à l'extérieur. Dans la vallée du Ferghana, région surpeuplée de l'Asie centrale, la montée de l'islamisme, conjuguée à la complexité du découpage territorial, aux rivalités inter-étatiques des pays se partageant cet espace autrefois unifié, à la diversité ethnique extraordinaire et à une détérioration grave de la situation économique, ont exacerbé les risques et menace également à terme la stabilité de la région. Autre cas de figure, le Kazakhstan. En effet, malgré la politique prudente du gouvernement, on ne peut pas exclure le risque d'éclatement du territoire national dont le Nord-Ouest reste peuplé très majoritairement de Russes. Cette question pèse aujourd'hui encore sur la destinée du pays. Par ailleurs, l'Union soviétique a légué à l'Asie centrale un héritage empoisonné. En effet, la région est confrontée à une crise grave de l'environnement dont la disparition programmée de la mer d'Aral et les retombées du polygone d'essai nucléaire de Semipalatinsk sont devenues les symboles les plus médiatisés. D'autres questions cependant, comme celle cruciale de l'eau, se posent aujourd'hui avec une acuité croissante. Après l'effondrement de l'Union soviétique, une nouvelle menace est apparue dans la région. Souvent négligée par les observateurs, elle a cependant rapidement pris des proportions alarmantes. En effet, le trafic de la drogue est aujourd'hui devenu un véritable fléau en Asie centrale. Il porte atteinte à la santé des populations locales, génère de la corruption et aboutit parfois à une criminalité qui prend des dimensions internationales et peut même miner les structures sociales et les institutions du pays. Ce trafic a également acquis une dimension internationale. Ces répercussions se font sentir jusqu'en Europe occidentale puisque l'héroïne afghane que l'on trouve sur les marchés de grandes villes européennes transite désormais par l'Asie centrale.

Une dernière remarque pour terminer cette introduction.

En ce qui concerne l'approche utilisée dans cet ouvrage, il faut entendre le terme "géopolitique", non dans son sens traditionnel et politiquement connoté, mais dans son acception contemporaine. Il s'agit ici de prendre en considération la géographie mais aussi la politique et l'économie dans une perspective d'étude des relations internationales qui tient à la fois compte de l'histoire et des recompositions spatiales à l'œuvre dans le système mondial actuel. S'il faut bien constater que la géographie demeure un élément dont on peut totalement négliger l'importance, même à l'heure de l'immatériel et du virtuel, il faut néanmoins éviter de tomber dans un déterminisme géographique qui ne tiendrait pas compte des possibilités qu'offrent la politique et le développement économique d'atténuer les contraintes géographiques. Ainsi par exemple en ce qui concerne l'Asie centrale, l'enclavement des États, contrainte géographique bien réelle, peut cependant être contourné par le développement des moyens de communications internes et internationales, ainsi que par l'intensification de la coopération avec les pays voisins ayant accès à un espace maritime ouvert.

Éditions PUF- 2001 - 200 FF environ

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